Grande bardane (Arctium lappa) : reconnaissance, récolte et usages

Plantes sauvages dans cet article: 

Thèmes: 
Michaël Berthoud
/
18 septembre 2026

Avez-vous déjà rencontré la grande bardane, peut-être sans le savoir? Cette plante qui s’accroche si facilement aux habits et au pelage des animaux? C’est une plante sauvage commune, aux vastes usages comestibles et cosmétiques.

Grande bardane
Arctium lappa L.
Famille : astéracées
Parties utilisées : racines, feuilles, pétioles
Période de récolte: automne et printemps (racines)

La grande bardane, ou bardane commune (Arctium lappa), est une imposante plante de la famille des Astéracées. Elle peut atteindre 1,50 m de hauteur et produire des feuilles de 30 à 50 cm. Sa racine, ses jeunes pétioles et certaines parties aériennes sont comestibles.

La racine est la partie la plus intéressante en cuisine. Une fois cuite, elle donne un légume nourrissant, à la saveur douce et légèrement terreuse, qui rappelle un peu l’artichaut. Mais encore faut-il la récolter au bon moment : lorsque la tige florale se développe, elle devient progressivement plus fibreuse.

Histoire de la bardane

Le nom du genre Arctium est généralement rapproché du mot grec arktos, qui signifie « ours ». Il ferait référence à l’aspect robuste et velu de la plante.[6] On retrouve cette même racine linguistique dans le mot arctique, le pôle Nord faisant référence à la Grande Ourse.

La bardane est utilisée depuis longtemps comme légume et comme plante médicinale. Sa racine est particulièrement appréciée en Asie orientale. Au Japon, elle est connue sous le nom de gobō et fait partie des légumes traditionnels. On la coupe notamment en fins bâtonnets pour préparer le kinpira gobō, une recette dans laquelle elle est sautée avec de l’huile, de la sauce soja et souvent de la carotte[4].

Marie, qui a vécu 2 ans dans ce pays, la consommait régulièrement et s’est réjouie d’apprendre que le gobō et notre bardane ne font qu’une !

En Europe, la bardane est aujourd’hui surtout considérée comme une plante rudérale, c’est-à-dire une plante qui pousse dans les lieux transformés par les activités humaines. Pourtant, elle mérite d’être redécouverte comme légume sauvage.

Ses fruits sont également à l’origine d’une invention bien connue. En 1941, l’ingénieur suisse George de Mestral observa au microscope les petits crochets qui permettaient aux bardanes de s’accrocher à ses vêtements et au pelage de son chien. Cette observation lui inspira la fermeture auto-agrippante commercialisée sous la marque VELCRO®[3]. Ce terme étant un mot formé de VELour et CROchet.

Répartition et milieu

La grande bardane est originaire d’une vaste partie de l’Eurasie tempérée. Elle est notamment indigène en Suisse, en France et en Belgique. Elle a aussi été introduite dans différentes régions d’Amérique du Nord, d’Australie et de Nouvelle-Zélande.[2]

Bardane commune | Arctium lappa L. | 2010–2025 | GBIF
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On la rencontre principalement dans les lieux riches en éléments nutritifs :

  • au bord des chemins ;
  • dans les friches et les décombres ;
  • près des habitations et des bâtiments agricoles ;
  • dans les lisières et les bois clairs ;
  • sur les talus et dans les terrains incultes.

En Suisse, elle pousse de l’étage collinéen jusqu’à l’étage montagnard, et parfois plus haut, jusqu’à environ 1 800 m d’altitude. Il n’existe pas de statut de menace particulier en Suisse [1] et en France[13].

Évitez cependant de récolter les plantes en trop grande quantité (20-30% max) ainsi que celles situées au bord des routes très fréquentées, sur les terrains potentiellement pollués ou dans les lieux traités avec des pesticides.

Reconnaître la grande bardane

La grande bardane est une plante généralement bisannuelle. Durant sa première année, elle développe une rosette de feuilles et accumule des réserves dans sa longue racine. La tige florale apparaît habituellement la deuxième année.

Les feuilles

Les feuilles basales sont très grandes, ovales à triangulaires, avec une base nettement en forme de cœur. Leur face supérieure est vert sombre, tandis que le dessous est plus clair et couvert d’un feutrage blanchâtre.

Les nervures forment un réseau bien visible. Le bord de la feuille est légèrement ondulé ou irrégulièrement denté.

Chez la grande bardane, le pétiole des feuilles basales est rempli de moelle. Coupez-le transversalement pour observer ce critère : il n’est pas creux comme celui de la petite bardane, Arctium minus.

Attention, cette astuce fonctionne en coupant bien à la base du pétiole!

La tige et les fleurs

La tige est dressée, robuste, creuse et ramifiée. Elle porte des feuilles de plus en plus petites en montant vers les fleurs.

La floraison se déroule de juillet à septembre. Les fleurs tubulées, rose à pourpre, sont réunies en capitules globuleux de 3 à 4,5 cm. Un capitule est un ensemble de petites fleurs serrées les unes contre les autres, comme chez le pissenlit ou l’artichaut.

Autour des fleurs se trouvent de nombreuses bractées vertes terminées par un crochet. À maturité, ces crochets permettent aux capitules fructifiés de voyager accrochés au pelage des animaux.

Chez Arctium lappa, les capitules sont généralement réunis en une sorte de corymbe lâche. Leurs pédoncules mesurent souvent entre 3 et 10 cm et dépassent la longueur du capitule.[1]

La racine

La bardane possède une longue racine pivotante qui s’enfonce profondément dans le sol. Elle est plus tendre durant la première année de croissance et au début du printemps suivant, avant la montée de la tige. Après l’apparition de cette dernière, la racine devient fibreuse et ne peut plus être consommée.

Identifiez toujours la plante grâce à ses parties aériennes avant de déterrer la racine. Une racine isolée est beaucoup plus difficile à déterminer avec certitude.

Déterrer une racine est plus impactant pour l’environnement que couper une feuille. Faites-le avec discernement et uniquement de manière occasionnelle.

Au jardin

C’est une plante que nous apprécions particulièrement cultiver au jardin car elle n’est pas présente de manière abondante dans la nature environnante près de chez nous. Nous en plantons chaque année ou tous les deux ans. Il est impressionnant de constater à quel point les racines sont profondes, même après une seule saison de croissance dans une terre meuble d’une plate-bande potagère.

Attention, car elle prend de la place et sous certains climats elle peut se montrer particulièrement “invasive” et se reseme très facilement.

Risques de confusion

La bardane à petits capitules

Le genre Arctium contient 4 espèces dans la flore suisse et 5 dans la flore française. À celles-ci s’ajoutent les sous-espèces et cultivars.

La petite bardane (Arctium minus) est la plante qui ressemble le plus à la grande bardane et fleurit également de juillet à septembre.

Ses capitules sont plus petits et disposés en grappes plutôt qu’en corymbe, donc de manière plus continue le long de la tige. Leur pédoncule est très court. Le critère le plus pratique se trouve toutefois dans les feuilles basales : leur pétiole est creux, alors qu’il est rempli de moelle chez Arctium lappa[10].

Les espèces de bardanes peuvent aussi s’hybrider. Certains individus présentent donc des caractères intermédiaires.

Le pétasite blanc

Dans le genre “grandes feuilles”, celles de la bardane peuvent être confondues avec celles du pétasite blanc (Petasites albus). Voici les principaux critères à observer :

Grande bardanePétasite blanc
Nervures formant un réseauNervures principales rayonnant depuis le pétiole
Feuilles ovales, à base en cœurFeuilles largement réniformes, en forme de rein
Rosette puis grande tige ramifiéeFleurs apparaissant avant les feuilles
Milieux rudéraux et bords de cheminsForêts et endroits frais et humides
Capitules pourpres en étéFleurs blanchâtres de mars à mai

Ne vous fiez pas uniquement à la taille ou au revers blanchâtre des feuilles, car ces deux plantes peuvent présenter ces caractères. Il faut comparer plusieurs critères et tenir compte du milieu.

Le pétasite blanc (Petasites albus) contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, notamment la sénkirkine, des composés dont certains sont hépatotoxiques, génotoxiques et potentiellement cancérigènes[14]. La consommation directe de la plante n’est donc pas recommandée. Les pétasites ont été utilisés en phytothérapie, mais les préparations modernes destinées à un usage interne doivent être débarrassées de ces alcaloïdes toxiques.

Usages culinaires

Récolter la racine

La racine se récolte principalement de septembre à mars, sur une plante dans sa première année ou au début de la deuxième. Elle doit être prélevée avant que la tige florale ne se développe.

La récolte demande un outil solide et un sol suffisamment meuble. La racine peut descendre profondément et elle est très charnue! Comme son prélèvement tue la plante, récoltez-la uniquement dans une population abondante, avec l’autorisation du propriétaire du terrain, et laissez suffisamment de plantes terminer leur cycle.

Après la récolte, brossez soigneusement la racine sous l’eau. La peau fine peut être conservée. Coupez ensuite la racine en rondelles, en tronçons ou en fins bâtonnets selon l’usage que vous allez en faire.

Cuisiner la racine

La racine de bardane est une de nos racines sauvages préférées. C’est pour nous de loin la partie la plus intéressante de la plante, avec beaucoup de rondeur et de douceur.

Cuite à l’eau ou à la vapeur, la racine devient tendre et peut être servie en accompagnement ou transformée en purée. Elle apporte également une saveur agréable aux soupes et aux bouillons.

Pendant les mois d’automne et d’hiver, nous aimons particulièrement cuisiner des plantes sauvages dans un bouillon nourrissant, notamment sous la forme de ramen japonais. Racines de pissenlit, de reine-des-prés, de lapsane et de bardane sont nos grands classiques.

Vous pouvez aussi la couper en julienne et la faire revenir à la poêle. Sa texture reste légèrement ferme et sa saveur rappelle l’artichaut, avec une note plus terreuse. Ou les frire sous forme de chips.

Une fois séchée et torréfiée, la racine peut servir à préparer une boisson sombre de type succédané de café, mais naturellement dépourvue de caféine.

Pétioles, tiges et feuilles

Les jeunes pétioles peuvent être pelés afin d’enlever leurs fibres les plus coriaces. Ils se mangent crus lorsqu’ils sont encore très tendres, ou cuits à la vapeur et préparés comme un légume. Les jeunes tiges peuvent être utilisées de la même manière avant qu’elles ne deviennent fibreuses. La consommation de jeunes feuilles et de tiges, crues ou cuites, est documentée dans certains usages traditionnels européens[6].

Les feuilles de première année sont également comestibles, mais leur amertume limite leur intérêt. Plusieurs cuissons successives, en changeant l’eau, peuvent l’atténuer. Mais cela nous a semblé fastidieux lors de nos essais. Bien que l’amertume soit bonne pour la digestion, le résultat était plutôt désagréable.

Vous trouverez néanmoins de nombreux contenus sur le web indiquant que les feuilles sont excellentes. C’est vraiment une question de goût…

Les jeunes capitules sont parfois préparés en beignets ou utilisés en infusion. Il faut les récolter avant que les bractées crochues deviennent dures et désagréables.

Usages médicinaux

La racine de bardane possède une longue histoire d’usage médicinal en Europe et en Asie. Elle a traditionnellement été employée pour favoriser l’élimination urinaire, stimuler temporairement l’appétit et accompagner certaines affections séborrhéiques de la peau [7].

En 2019, Wang et ses collègues ont synthétisé les connaissances pharmacologiques de la grande bardane dans la littérature scientifique. Plus de 200 composés non volatils ont été décrits: terpènes, flavonoïdes, dérivés de l’acide caféoliquinique…[6]

Les recherches en laboratoire et chez l’animal ont étudié les propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires ou hypoglycémiantes d’extraits de bardane.

Ces travaux sont intéressants, mais il faut rester prudent car l’efficacité thérapeutique observée dans ces études n’a pas encore été démontrée chez l’humain. Ils montrent néanmoins tout le potentiel pharmacologique de cette plante traditionnellement utilisée.

Usages cosmétiques

L’inuline, présente dans la racine de bardane, intéresse également la cosmétique. Ce fructane possède des propriétés hydratantes et améliore la texture et la stabilité des crèmes, lotions et soins capillaires[15].

Son potentiel prébiotique pourrait aussi favoriser certaines bactéries bénéfiques du microbiote cutané, l’ensemble des micro-organismes vivant sur notre peau. Biodégradable et issue de ressources renouvelables, elle représente un ingrédient prometteur[15].

Marie l’affectionne particulièrement dans ses soins cosmétiques. Elle la cultive dans son jardin et en utilise les racines, les fleurs et les feuilles pour en faire des macérats huileux.

Elle utilise ses macérats comme sérum d’hydratation en soins du visage. Ceux-ci sont inclus dans ses crèmes pour nourrir, hydrater et apporter un effet tenseur sur les dans les soins du visage.

Elle a également une anecdote très intéressante à partager. Lors d’un cours particulier avec une cliente atteinte du syndrome d’hypersensibilité chimique multiple (MCS), nous avons constaté qu’elle tolérait très bien les préparations à base de bardane.

Cette personne ne supporte ni les produits chimiques présents dans l’environnement ni certaines plantes réputées en cosmétique, comme le calendula. Elle a donc eu beaucoup de problèmes à trouver des produits qui s’adaptaient totalement à cette problématique et à ses besoins.

Nous avons confectionné ensemble des sérums, des crèmes et des lotions hydratantes contenant de la bardane, qu’elle a très bien supportée. Ceci n’est pas une vérité mais un exemple qui illustre l’intérêt de cette plante en cosmétique naturelle, même pour les peaux très sensibles.

Précautions d’usage

Consommée comme légume, la racine de bardane est généralement bien tolérée. Quelques précautions restent néanmoins nécessaires.

Sa richesse en inuline peut provoquer des ballonnements, des gaz ou un inconfort abdominal, surtout si vous en mangez une grande quantité sans y être habitué. Cet effet dépend de la dose et de la sensibilité individuelle. Commencez donc par une petite portion.[8]

Des réactions allergiques à la bardane ont été décrites, dont de rares réactions immédiates sévères. Les personnes déjà sensibles aux Astéracées seront particulièrement prudentes.[9]

Pour les préparations médicinales, l’Agence européenne des médicaments déconseille l’usage durant la grossesse et l’allaitement, faute de données suffisantes. Cette précaution concerne l’automédication avec des préparations médicinales et des extraits, qui ne doit pas être confondue avec une consommation alimentaire occasionnelle.[7]

Références

  1. InfoFlora, Arctium lappa L. — Bardane commune, données issues de Flora Helvetica, consultées en septembre 2026.
  2. Royal Botanic Gardens, Kew, Arctium lappa L., Plants of the World Online, consulté en septembre 2026.
  3. Velcro Companies, Our Story — Unexpected Inspiration, consulté en septembre 2026.
  4. Ministry of Agriculture, Forestry and Fisheries of Japan, Kimpira — Stir-fried root vegetables, consulté en septembre 2026.
  5. Moro T.M.A. et Clerici M.T.P.S., Burdock (Arctium lappa L.) roots as a source of inulin-type fructans and other bioactive compounds, Food Research International, 2021, 141, 109889. DOI : 10.1016/j.foodres.2020.109889.
  6. Wang D. et al., Arctium species secondary metabolites chemodiversity and bioactivities, Frontiers in Plant Science, 2019, 10, 834. DOI : 10.3389/fpls.2019.00834.
  7. European Medicines Agency, Community herbal monograph on Arctium lappa L., radix, EMA/HMPC/246763/2009, 2011.
  8. Bruhwyler J. et al., Digestive tolerance of inulin-type fructans, International Journal of Food Sciences and Nutrition, 2009, 60(2), 165–175. DOI : 10.1080/09637480701625697.
  9. Ishikawa H. et al., Allergen Analysis of Burdock Allergy, Japanese Journal of Dermatology, 2010, 120(11), 2219–2222. DOI : 10.14924/dermatol.120.2219.
  10. InfoFlora, Arctium minus Bernh. — Bardane à petits capitules, consulté en septembre 2026.
  11. European Medicines Agency, Assessment report on Arctium lappa L., radix, EMA/HMPC/246764/2009, 2011.
  12. InfoFlora, Petasites albus (L.) Gaertn. — Pétasite blanc, consulté en septembre 2026.
  13. UICN France, FCBN, AFB & MNHN, 2018. La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Flore vasculaire de France métropolitaine. Paris, France.
  14. Aydın A.A., Zerbes V., Parlar H., Letzel T., 2013. The medical plant butterbur (Petasites): analytical and physiological (re)view. Journal of Pharmaceutical and Biomedical Analysis, 75: 220–229. DOI: 10.1016/j.jpba.2012.11.028.
  15. Najwa Mohamad, Kai Bin Liew, Siew Hua Gan, Chapter 14 – Inulin as a natural ingredient in cosmetics and personal care products, Comprehensive Guide to Inulin Applications in Health, Nutrition and Consumer Products, 2026, 377-396

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