Sureau noir : le reconnaître, le distinguer et le cuisiner
Plantes sauvages dans cet article:
Chaque année, aux mois de mai et juin, le parfum du sureau noir nous émerveille. Puissant et subtil à la fois, il flotte autour des haies et des lisières bien avant que l’on remarque les grandes inflorescences blanches. Puis, à la fin de l’été, le spectacle recommence : les fleurs ont laissé place à des grappes de petites baies noires et luisantes. Deux récoltes très différentes pour un des arbustes les plus populaires d’Europe.
Table des matières
Histoire du sureau noir
Le sureau noir (Sambucus nigra L.) accompagne depuis longtemps les populations européennes. Ses fleurs et ses fruits ont été employés dans l’alimentation et les préparations familiales, ainsi que pour de nombreux usages traditionnels. Au fil des siècles, l’arbuste s’est également chargé de croyances et de propriétés magiques supposées. Les jardins, les haies et même les cimetières ont contribué à entretenir cette proximité avec les humains.
Le sureau noir occupe une place ancienne dans les traditions celtes. Dans les îles britanniques, on le surnommait la « Vieille Dame » et on l’associait à la figure de la sorcière, l’une des facettes de la Déesse. Selon la croyance, se laver les yeux avec le suc vert de son bois permettait d’apercevoir les êtres invisibles. Considéré comme un arbuste protecteur, il servait également à confectionner des amulettes : ses branches étaient alors coupées avant la pleine lune d’octobre[7].
Son nom scientifique a été publié par Carl von Linné en 1753 dans Species Plantarum. Aujourd’hui, Sambucus nigra est toujours reconnu comme une espèce acceptée, originaire d’une vaste région allant de l’Europe à l’ouest de l’Iran. Kew Science le présente à la fois comme une plante alimentaire, médicinale et potentiellement toxique selon les parties utilisées[3].
Répartition et milieux
Le sureau noir est présent dans toute la France, la Suisse et la Belgique, de 0 à 1 600 mètres d’altitude.
Vous le rencontrerez fréquemment dans les haies, les buissons et les lisières forestières, souvent à la demi-ombre. Il apprécie aussi les friches, les terrains remués et certains abords des habitations. Il est présent dans une large partie du continent eurasiatique et a été introduit dans les Amériques ainsi qu’en Afrique et en Australie.
Sa présence près des maisons ne doit cependant pas faire oublier les règles élémentaires de cueillette : évitez les arbustes exposés aux traitements, ceux situés près de routes très fréquentées ou ceux exposés à d’autres sources de pollution.
Reconnaître le sureau noir
Le sureau noir est un arbuste ou un petit arbre mesurant généralement 4 à 5 mètres, parfois jusqu’à 7 mètres. Plusieurs critères permettent de le reconnaître au fil des saisons.
L’écorce et les rameaux
Son écorce est grise et ponctuée de nombreuses petites lenticelles. Ces petites marques en relief, qui ressemblent presque à des verrues, sont particulièrement visibles sur les jeunes branches.
Les rameaux sont ligneux et contiennent une abondante moelle blanche. Ce critère devient très utile lorsqu’il faut le différencier du sureau rouge.
Les feuilles
Les feuilles sont opposées et pennées : elles sont composées de plusieurs folioles disposées de part et d’autre d’un axe central. On observe généralement cinq à sept folioles ovales à lancéolées, dentées sur les bords et terminées par une longue pointe.
À distance, ces feuilles peuvent rappeler celles du frêne. Le frêne devient toutefois un arbre bien plus grand et son écorce ne présente pas les mêmes petites lenticelles.
Les fleurs
Les fleurs apparaissent principalement en mai et juin. Petites, blanches à blanc jaunâtre et très odorantes, elles mesurent jusqu’à 7 millimètres. Chacune possède cinq lobes arrondis et cinq étamines jaunes.
Elles sont réunies en larges corymbes généralement plats ou légèrement bombés. Imaginez un bouquet dont les pédoncules partent de hauteurs différentes, mais amènent les fleurs presque sur un même plan.
Les fruits
Dès la fin de l’été apparaissent de nombreuses baies noires et luisantes, mesurant environ 4 à 6 millimètres. Alors que les corymbes fleuris ont tendance à se présenter vers le ciel, les grappes chargées de fruits deviennent penchées ou franchement tombantes.
Mais attention : la couleur sombre ne suffit pas. Vérifiez toujours l’ensemble de la plante, notamment la présence de bois et la couleur de la moelle.
Différencier le sureau noir du sureau rouge et de l’hièble
Le genre Sambucus comprend deux autres espèces qui méritent notre attention : le sureau rouge et le sureau hièble. La comparaison de plusieurs critères est bien plus sûre qu’un coup d’œil rapide sur les fruits.
Le sureau hièble
Le sureau hièble ou yèble (Sambucus ebulus) est une plante herbacée vivace, et non un arbuste. Ses parties aériennes restent vertes et flexibles : elles ne forment pas de véritable bois.
Il fleurit généralement en juillet et août, donc plus tard que le sureau noir. Ses feuilles, ses fleurs et ses fruits peuvent néanmoins créer une confusion.
Voici le critère décisif : si vous ne voyez pas de rameaux ligneux et durs, abstenez-vous.
L’hièble ne doit pas être considéré comme un équivalent alimentaire du sureau noir : il contient également d’autres substances potentiellement toxiques, notamment certaines lectines. Notons tout de même que des études sont en cours sur sa comestibilité[9].
Le sureau rouge
Le sureau rouge ou sureau à grappes (Sambucus racemosa) est ligneux, comme le sureau noir. Il se rencontre surtout en moyenne montagne.
Ses fleurs sont plutôt jaunâtres et ses fruits deviennent rouges à maturité. En coupant proprement un rameau pour examiner sa moelle, vous découvrirez un autre bon critère : la moelle du sureau rouge est orangée, tandis que celle du sureau noir est blanche.
Le sureau rouge est également considéré comme une plante alimentaire selon les parties et les modes d’usage : les baies doivent être cuites et filtrées avant consommation.
Comparaison des espèces de sureaux
Voici une infographie qui vous montre en images ces différentes espèces de sureaux. La comparaison directe des images est une bonne manière d’apprendre à les différencier.
Usages comestibles
Le sureau noir nous offre deux parties intéressantes : ses fleurs au printemps et ses fruits à la fin de l’été. Leur parfum et leur préparation sont très différents.
Utiliser les fleurs
Récoltez les corymbes fraîchement ouverts, idéalement par temps sec. En rentrant, étalez-les sur une surface plane afin de permettre aux insectes de quitter tranquillement la récolte. Retirez ensuite autant que possible les pédoncules et les autres parties vertes, qui apportent de l’amertume.
Les fleurs peuvent parfumer un liquide par infusion à chaud ou par macération à froid. En Europe, leur préparation la plus connue reste probablement le sirop. Mais leur parfum accompagne aussi très bien :
- les limonades et autres boissons
- les vins aromatisés
- les vinaigres
- les glaces et les sorbets
- les crèmes brûlées
- les tartes et autres desserts
- les tisanes et infusions
Une fois séchées, les fleurs peuvent également être pulvérisées et ajoutées en petite quantité à une farine pour parfumer des biscuits.
Pour une macération à froid, prenez particulièrement soin d’éliminer les insectes : leur présence peut favoriser une fermentation indésirable et faire tourner la préparation au vinaigre.
Cuisiner les baies
Les baies doivent être récoltées parfaitement mûres, lorsqu’elles sont noires, brillantes et que la grappe penche sous leur poids. Prévoyez des vêtements adaptés : leur jus pourpre est très tachant !
Traditionnellement, elles sont transformées en sirops, gelées, jus, limonades gazeuses ou vins fermentés. Elles donnent notamment des gelées à la magnifique robe pourpre.
Les baies sont riches en polyphénols, en particulier en anthocyanes responsables de leur couleur sombre. Elles apportent aussi des fibres, des vitamines et différents minéraux. Leur composition varie cependant fortement selon la variété, le milieu et le degré de maturité. Il vaut donc mieux parler d’un fruit intéressant que de lui attribuer une valeur nutritionnelle fixe ou des vertus universelles.
Précautions d’usage
Les sureaux peuvent contenir des glycosides cyanogènes pouvant libérer de l’acide cyanhydrique durant la digestion et provoquer des troubles digestifs : maux de ventre, diarrhées, vomissements… Les quantités sont variables d’une espèce à l’autre et selon la partie de la plante.
Plusieurs personnes nous ont rapporté des troubles digestifs après avoir consommé des préparations à base de baies crues. Personnellement, j’ai trouvé les fleurs délicieuses en tarte, mais particulièrement laxatives… Ceci corrobore une précaution traditionnelle qui recommande de filtrer les préparations et d’éviter de consommer directement et en grande quantité les fleurs ainsi que les graines des baies.
- Les feuilles et les baies immatures contiennent le plus de glycosides cyanogènes[4] et ne doivent pas être consommées.
- Les fleurs sont considérées comme adaptées à une consommation modérée[8]. Nous recommandons tout de même de filtrer les préparations ou de limiter les quantités en cas de consommation sans filtration.
- Les baies doivent être récoltées bien mûres. La cuisson réduit la teneur en glycosides[5] et il est recommandé de filtrer les préparations.
La cuisson ne remplace donc ni une bonne identification ni le tri des fruits. Si la plante est herbacée, si la moelle n’est pas blanche ou si vous hésitez entre plusieurs sureaux, ne consommez pas votre récolte.
Bien identifié et correctement préparé, le sureau noir nous offre deux rendez-vous gourmands : le parfum subtil de ses fleurs au printemps et celui, rond et fruité, de ses baies en automne.
Références
- [1] InfoFlora — Sambucus nigra L.
- [2] Tela Botanica — Sambucus nigra L.
- [3] Kew Science, Plants of the World Online — Sambucus nigra L.
- [4] Senica, Mateja; Stampar, Franci; Mikulic-Petkovsek, Maja, Harmful (cyanogenic glycoside) and beneficial (phenolic) compounds in different Sambucus species, Journal of Berry Research, 2019, 1–15
- [5] Senica, M., Stampar, F., Veberic, R. & Mikulic-Petkovsek, M. (2016). Processed elderberry (Sambucus nigra L.) products: A beneficial or harmful food alternative?, LWT—Food Science and Technology, 72, 182–188.
- [6] Uhl, K. & Mitchell, A. E. (2024). Elderberry, an Ancient Remedy: A Comprehensive Study of the Bioactive Compounds in Three Sambucus nigra L. Subspecies, Annual Review of Food Science and Technology, 15, 27–51.
- [7] Maria Freeman, Vivre la tradition celtique au fil des saisons, Guy Daniel Éditeur, 2001
- [8] Senica, M., Stampar, F., Veberic, R. and Mikulic-Petkovsek, M., The higher the better? Differences in phenolics and cyanogenic glycosides in Sambucus nigra leaves, flowers and berries from different altitudes, J. Sci. Food Agric., 2017, 97, 2623-2632
- [9] Senica, Mateja; Stampar, Franci; Mikulic-Petkovsek, Maja, Harmful (cyanogenic glycoside) and beneficial (phenolic) compounds in different Sambucus species, Journal of Berry Research, 2019, , 1–15
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Merci pour cet article succinct mais qui regroupe toutes les informations les plus importantes et de façon très claire. Je me sens plus sereine à présent pour aborder cette plante, la cueillir et découvrir ses richesses.
de l’article
Merci pour votre retour 😊🌿
Grand merci pour l’article sur les différents sureaux permettant de les distinguer grâce aux descriptifs précis soutenus par des photos bien choisies.
Merci également pour le partage des « recettes » qui permettent une consommation sans risque.
de l’article
Bonjour,
Merci à vous pour votre retour ^^
Belles cuiellettes ! 🌿