Genévrier commun, Herbier de Fuchs

Le genévrier commun: cueillette et utilisation

Michaël Berthoud Botanique, Cueillette des plantes sauvages 2 Comments

Arbuste résineux faisant partie de la famille des cupressacées, le genévrier, Juniperus communis, est commun en Europe, de la plaine à la montagne, dans les landes et les pentes sèches et ensoleillées. Surtout connus pour aromatiser la choucroute, son parfum délicat aromatise à merveille plats et boissons.


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Genévrier commun
Juniperus communis

Famille Cupressacées
Floraison Avril-mai
Milieux Forêts, pentes sèches, garides
Altitude 0-2200 m
Abondance Localement abondante
Parties utilisées Aiguilles et bois (toute l’année), cônes (automne)
Propriétés médicinales Diurétique, Anti-rhumatismal, Antiseptique, Dépuratif.

Comment reconnaître le genévrier?

Le genévrier commun, Juniperus communis (InfoFlora, TelaBotanica), est un arbuste pouvant mesurer jusqu’à 3m de hauteur. Ses feuilles en forme d’aiguilles toujours vertes sont pointues et très dures, verticillées par trois et parcourues d’une ligne blanche sur la face inférieure. Facile à reconnaître car il pique vraiment très fort!

Ses fruits ont la particularité d’être des cônes, tout comme les pommes de pin, sauf qu’ils ressemblent… à des baies. Appelées baies de genièvre, elles deviennent bleu foncé à maturité et sont parcourues d’une fine pellicule cireuse blanchâtre appelée pruine. Celle-ci a un rôle protecteur contre les parasites et la chaleur, et se retrouve également sur les prunelles sauvages, les prunes et les pruneaux. C’est cette pruine qui différencie une récolte de baies sauvages de celles achetées en supermarché (ces dernières sont sèches et sans pruine).

Vous remarquerez que tous les genévrier ne produisent pas ces fameuses baies de genièvre. Effectivement, le genévrier commun est une plante dioïque, ce qui signifie que certains individus sont mâles et d’autres des femelles. Or, ce sont ces derniers qui produisent les baies.

En montagne, il se rencontre surtout sous sa forme naine de buisson épineux: le genévrier nain (Juniperus communis subsp. alpina Čelak.). Il ressemble alors à un buisson rampant ne depassant généralement pas 50cm de hauteur.

Les baies sont sucrées et âpres comme en témoigne son nom. Effectivement, le nom latin Juniperus, à l’origine de genévrier, proviendrait du celtique Juneperus signifiant “âpre”.

Risques de confusion avec d’autres genévrier

Il existe d’autres espèces de genévriers, dont le genévrier sabine (Juniperus sabina) et le genévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus), aussi appelé cade.

Le premier est un arbrisseau des montagnes dont l’essence des rameaux est répulsive et toxique. Il a été utilisé par le passé comme abortif causant de nombreux accidents, souvent d’origine suspecte selon l’auteur Fournier. Il se distingue par ses aiguilles, collées aux rameaux donnant l’apparence d’écailles.

Quant au cade, ses baies ont été utilisées de la même manière que le genévrier commun. Il est surtout connu pour le goudron retiré de bon bois que l’on nomme huile de cade. Il pousse principalement autour du bassin méditerranéen.

Récolter les baies de genièvre

Les fruits mettant deux ans pour arriver à maturité, on rencontre des verts et des mûrs sur le même rameau. Ils deviennent sucrés et sont alors prêts à être récoltés un. On les choisit noirs, luisants et pesants.

Celui ou celle qui a déjà essayé de récolter des baies de genièvre commun s’est forcément demandé comment s’y prendre, tant les aiguilles sont piquantes. Il est impossible de les récolter à la main sans se faire mal. La méthode consiste donc à attendre la saison de récolte, qui a lieu d’octobre à novembre, de tendre un linge sous l’arbuste et de le secouer avec un bâton. Les baies vont ainsi naturellement tomber dessus et l’on évite ainsi de se piquer. Blanche, une lectrice du blog nous donne son truc: elle dispose un parapluie sous l’arbuste au lieu du linge. “C’est plus pratique en pente et tache moins”.

Les aiguilles de la sous-espèces naine de montagne sont beaucoup moins piquantes. C’est celle que je récolte en général. Mais il faudra souvent marcher longtemps avant de les atteindre car il pousse haut en altitude, souvent à partir de 2000m.

Genévrier commun
Les baies de genièvres sont en réalité des cônes.

Usages traditionnels

Le genévrier peut se targuer d’un usage ancestral comme diurétique, sudorifique, dépuratif, tonique et stomachique. Baies, rameaux et cendres… bref, quasi toutes les parties de l’arbuste ont été utilisées à des fins médicinales ou cultuelles.

Certains écrivains anciens comme Léonard Fuchs (1543) y voyaient un remède universel et Matthiole (1554) nous livre une recette de bain aux baies de genièvre pouvant selon lui, produire des guérisons merveilleuses. “J’ai vu, dit-il, des goutteux perclus et cloués au lit, sortir de ce bain ingambes et reprendre leurs occupations habituelles.”

La fumée de son bois avait, dit-on, la propriété d’éloigner les démons responsables des maladies, d’écarter les influences malfaisantes et néfastes ou encore de renforcer l’attention et l’éveil. Durant les épidémies de peste, de grands feux étaient allumés dans les villes, la fumée du bois ayant la réputation d’être antiseptique.

Le genévrier, principalement les baies, est encore utilisé de nos jours et de récentes études démontrent que la tradition n’est pas éloignée de la science.

Propriétés médicinales du genévrier commun

Ses propriétés diurétiques et antiseptiques sont utilisées en cas de calculs biliaires et rénaux, d’inflammation de la vessie, de goutte et de rhumatismes.

Digestives, les baies tonifient l’estomac et excitent l’appétit, elles sont donc efficaces en cas de digestion lente et de flatulences, comme en témoigne son utilisation dans de nombreuses liqueurs. À doses élevées, elles donnent à l’urine une couleur violette.

Les études démontrent également des propriétés anti-inflammatoires, antifongiques, anti-microbiennes, antidiabétiques, hépatoprotectrices, antioxydantes… bref, ne sommes-nous pas loin de la panacée décrite par les anciens?

Teinture des baies fraiches

En cas de troubles digestifs, cette teinture se prend avant les repas pour préparer la digestion. Pris après, elle réduira les flatulences.

Récoltez les baies fraiches ainsi que les feuilles terminales. Placez-en 100g dans un bocal et recouvrez de 200ml d’alcool à 90°. Vous pouvez également utiliser des baies séchées et un alcool à 70°.

Laisser macérer 2 semaines en mélangeant chaque jour. Prenez garde à ce que la plante ne soit pas au-dessus du niveau d’alcool. Filtrez avec un filtre à café en tissus et conservez au frais et à l’abri de la lumière.

Prendre 15 à 20 gouttes avant ou après un repas, diluées dans un doigt d’eau ou dans une infusion.

Une odeur fantastique pour les encens naturels

Le bois et les aiguilles de genévrier ont une odeur puissante et aromatique. Sa fumigation est dite protectrice. Elle est chaude et réconfortante. La sciure de son bois peut donc être utilisé dans la fabrication d’encens naturel.

De manière simple, disposez quelques aiguilles sur un brûleur à huiles essentielles (prudence!) et une douce odeur parfumera votre maison.

Bois de genévrier commun

Cuisine locale et sauvage

Comme pour toutes les plantes sauvages, les baies fraichement récoltées par vos soins auront beaucoup plus de saveurs que celles des commerces. Si j’ai le bonheur d’en croiser sur mon chemin durant la bonne saison, je ne peux m’empêcher d’en manger quelques-uns comme des bonbons. Ils sont sucrés et délicieux!

Pour la plupart des gens, les baies de genièvre sont associées à la choucroute, qu’elles sont censées rendre plus digeste, mais elles parfument bien d’autres plats et liqueurs. Le gin par exemple, cette boisson apparue au 17e siècle et appréciée dans les pays du nord, est aromatisée avec des baies de genièvres et de l’angélique, une autre plante commune en Europe dont les racines sont très aromatiques.

Comme tous les fruits sauvages, les baies peuvent être fermentées dans de l’eau sucrée. Après quelques jours, cette fermentation produit une boisson légèrement alcoolisée dont le parfum est très agréable. La fermentation est rendue possible par la présence de levures, naturellement présentes dans les baies. Celles-ci se trouvent sur la peau, précisément dans la fameuse pruine.

Suivez-donc mon conseil de cueilleur: ne touchez pas trop les fruits pour ne pas enlever cette fine pellicule si vous désirez faire la recette suivante.

Recette de limonade fermentée aux baies de genièvre
Voici une recette de limonade au baie de genièvre. Dans un premier temps, vous préparez une fermentation hautement active, un levain liquide, qui va assurer la fermentation de notre limonade qui sera bouille. Vous devrez voir des bulles apparaître d'elles même.
Cette limonade aux baies de genièvre contient un petit peu d'alcool du à fermentation des sucres par les levures. Si la plupart des gens ne se sentirons pas, les personnes sensibles noterons sa présence.
Voir la recette
Limonade fermentée aux baies de genièvres

Précautions d’usage

Son utilisation doit toutefois être limitée dans le temps, puisque son ingestion en trop grande quantité peut s’avérer irritante pour les voies urinaires. Elle est contre-indiquée aux femmes enceintes et en cas insuffisance rénale.

Références

  • A Phytopharmacological Review on a Medicinal Plant: Juniperus communis, Souravh Bais et al, Int Sch Res Notices. 2014; 2014: 634723.
  • Infoflora, Juniperus communis, https://www.infoflora.ch/fr/flore/juniperus-communis.html
  • Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus.
  • Petit Larousse des plantes qui guérissent, Larousse.
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Commentaires 2

  1. Merci pour cet article, je comptais justement en faire la cueillette mais je n’avais pas pensé à m’en servir d’encens.
    Pour la récolte des baies je remplace le linge par un parapluie ouvert, c’est particulièrement pratique pour les terrains en pente et plus facile à nettoyer !

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