Les 12 plantes sauvages toxiques à connaître!

Michaël Berthoud Fiches plantes, La pharmacie secrète de dame nature, Le guide du débutant Leave a Comment

Vous avez commencé à vous intéresser aux plantes sauvages, vous êtes même déjà parti à la recherche d’alliaire ou de silène. Mais voilà, vous doutez un peu. Finalement, elles se ressemblent beaucoup ces plantes. “Est-ce bien la bonne? Et si je me trompais? Cela pourrait être grave, voire mortel!” Ce doute est naturel et tout à fait bienvenu, écoutez-le, car il vous évitera bien des problèmes! Il vous indique que vos connaissances ne sont pas encore sûres et ancrées en vous. Le passage de ce cap se fera en deux étapes: apprendre à reconnaître les plantes toxiques et prendre confiance en vous!


Article publié en partie dans le journal de phytothérapie "La pharmacie secrète de dame nature". N°16, décembre 2018.
Journal de phytothérapie


L’hiver est la saison du repos. C’est la saison idéale pour sortir vos livres sur les plantes et améliorer vos connaissances théoriques. La pratique reviendra au printemps. Utilisez ce temps pour lire un maximum d’informations sur les plantes toxiques qui poussent dans votre région. Les livres conseillés en fin d’article et les ressources du web (Infoflora pour la Suisse et TelaBotanica pour la France) vous aideront. Dès que vous lirez un article sur une plante dangereuse, rendez-vous sur un de ces deux sites, recherchez la plante par son nom et une carte de sa répartition apparaitra. Ceci vous indiquera si elle pousse près de chez vous ou non. Faites ce travail pour toutes les plantes toxiques majeures et partez à leur recherche dès le printemps. Grâce à cette démarche, votre confiance en vous triplera!

Vous découvrirez dans cet article quelques plantes dangereuses, et des indications pour éviter de les confondre. Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive.

Aconit napel

Commençons par la plus dangereuse, et une des plus belle! L’aconit napel ou casque de Jupiter est une plante commune dans les montagnes européennes (de 500 à 3000m d’altitude) dans les reposoirs à bétail, c’est-à-dire, là où le sol a été engraissé. Elle peut mesurer jusqu’à 1.5m de hauteur et ses feuilles sont découpées en 5 à 7 folioles. Mais ce sont ses fleurs violet très foncé en forme de casque qui retiennent l’attention.
L’aconit napel fait partie de la famille des renonculacées, dont quasi tous les représentants sont toxiques. Toutes les parties de la plante sont hautement dangereuses. Toucher la plante si vous transpirez peut déjà causer des démangeaisons. Mais ce sont les racines les plus à risque. Seulement 2 à 4g peuvent provoquer la mort.
Dans les Alpes suisses, des cas de confusion avec l’impératoire (Peucedanum ostruthium) ont été relevés ainsi que dans les Pyrénées avec l’angélique de Razouls (Angelica razulii).

Petite cigüe

La petite cigüe, Aethusa cynapium, est une apiacée (ombellifère) ressemblant au persil. Elle pousse près des zones cultivées et des décombres, ainsi que dans les jardins. Elle ne semble pas mortelle, mais peut provoquer des troubles digestifs.
Elle peut être confondue avec le persil cultivé et d’autres ombellifères comme le cerfeuil des bois. C’est au jardin (principalement sur sol calcaire) que le risque est le plus grand.
C’est l’observation des feuilles et de ses ombelles qui permettra de la différencier. Les premières sont découpées 2 à 3 fois, vert sombre et luisantes dessous. Regardez l’image, sous les regroupements des petites fleurs blanches (appelés ombellules), se distinguent 3 petites feuilles (les bractéoles) qui partent dans la même direction. Avec ces critères vous ne devriez pas pouvoir la confondre!

Grande cigüe

La grande cigüe, Conium maculatum, fait partie de ces plantes qui ont marqué l’histoire. En l’an 399 av J.-C., Socrate buvait une préparation des fruits verts et en succombait. Elle est effectivement connue et utilisée à des fins peu scrupuleuses depuis la haute antiquité.
C’est une ombellifère de grande taille qui peut atteindre 2m de hauteur. Pour la reconnaître, observez la tige. Elle n’a pas de poils et elle est maculée de taches pourpres. Ses ombelles sont petites pour une plante de cette taille et ses fruits globuleux. Autre critère important, elle dégage au froissement une odeur désagréable qui ne donne pas envie de la manger !

If

Prudence! Tout l’arbre est toxique sauf la pulpe de l’arille, son fruit rouge, qui est sucrée et gélatineuse!
Il semblerait que les vieilles feuilles soient les plus à risque. La taxine, son principe actif dangereux, empoisonne en tuant par paralysie du coeur et par asphyxie. De nombreux animaux sauvages comme certains oiseaux y succombent chaque année. Il est également dangereux pour le bétail et les chevaux.
L’if peut être confondu avec le sapin blanc (Abies alba). Il est moins courant que ce dernier et il est rare qu’il fasse des peuplements abondants. Il convient d’être vigilant dans les parcs, cimetières et zones urbaines, où il peut être cultivé et au bord des chemins forestiers où il est souvent planté par les forestiers.
Voici les critères importants pour ne pas les confondre. L’if mesure jusqu’à 20m de hauteur, son écorce est rougeâtre et se défait en lambeaux. À l’âge adulte, il est donc plus petit que le sapin blanc qui a une écorce plus claire. Les aiguilles de l’if ont un bout pointu et sont vert matte dessous. Celles du sapin blanc sont arrondies au bout et possèdent deux lignes blanches sur la face inférieure. Finalement l’if ne fait pas des cônes, mais de petites baies rouges.

Pour aller plus loin: Comment différencier l’if du sapin blanc facilement?

Parisette

La parisette, Paris quadrifolia, est une des plantes toxiques de notre flore les plus faciles à reconnaître, avec ses 4 feuilles ovales qui partent en croix depuis le centre de la tige. Elle mesure en général 20–30cm de hauteur et les feuilles environ 10cm. Vous la rencontrerez dans les sous-bois frais et humides, riches en humus.
Au centre de la croix, on verra apparaître après la floraison (en avril-mai) une baie noire de la taille d’une cerise. Si deux ou trois baies provoqueront anxiété, nausées et irritations gastriques, il semblerait que 5 baies soient suffisantes pour tuer un enfant. Heureusement, il n’y a pas de plante comestible qui lui ressemble. Le risque est donc limité, mais il faut la connaître tout de même!

Vératre

Le vératre est une grande plante de moyenne montagne ressemblant fortement à la gentiane jaune. 1 à 2g de ses racines seraient mortels! Des cas sévères d’intoxication ont eu lieu par des personnes pensant récolter des racines de gentianes pour préparer des liqueurs.
Heureusement, les deux plantes sont faciles à distinguer si l’on prend le temps de les observer. Le vératre a des feuilles alternes et des fleurs grisâtres, alors que la gentiane jaune a des feuilles opposées et de belles fleurs jaunes!

Berce du Caucase

Cette berce fait beaucoup parler d’elle, car elle pose de graves problèmes de santé. Heracleum mantegazzianum est une plante invasive provenant du Caucase, importée en Europe de l’Ouest en 1919 pour embellir nos jardins. C’est effectivement une magnifique ombellifère aux grandes ombelles blanches pouvant atteindre la taille de 3 à 4 mètres de hauteur! En Suisse, on en trouve de belles colonies dans les Préalpes et dans la vallée du Rhône.
Elle cause néanmoins de graves problèmes de santé. Elle n’est pas toxique, comme on l’entend souvent, mais photosensibilisante. C’est-à-dire que si sa sève entre en contact avec votre peau, celle-ci perd sa capacité à se protéger des UV. Le jus ne va pas vous brûler lui-même, mais si vous allez au Soleil après avoir été en contact avec celui-ci, vous risquez des brûlures au 3e degré! De tels cas sont fréquents en Valais, par des personnes qui ne connaissent pas les mises en garde et qui débroussaillent cette plante en short et chemise.
Pour l’aspect comestible, vous pourriez la confondre avec la berce des prés dont j’ai déjà parlé. Pour les différencier, la taille est le critère principal. De plus, la tige de la berce du Caucase est tachetée de pourpre, ses feuilles beaucoup plus grandes, pointues et lisses sur le dessus.
Mais sachez que cette plante n’est pas toxique et qu’elle se cuisine en d’excellents gratins!

Belladone

La belladone, Atropa belladonna, est une plante herbacée mesurant 50cm à 1.5m de hauteur commune dans les bois bois frais des régions calcaires. Ses fleurs brun pourpre donnent naissance à une baie noire luisante très toxique. L’ingestion de quelques baies peut provoquer de graves troubles pouvant conduire à la mort.
Son fruit peut être confondu d’autres fruits comestibles comme les cerises, les merises, les prunelles et myrtilles. Mais rappelez-vous, les trois premières proviennent d’un arbre alors que la belladone est une plante.

Sureau hièble

Le sureau hièble est une plante herbacée de 1 à 2m de hauteur qui pousse en groupe dans les talus frais, les haies et les broussailles. Ses fleurs en ombelles donnent des fruits noirs et luisants qui ressemblent à ceux du sureau noir, celui que vous connaissez probablement et qui est utilisé pour confectionner d’excellents sirops.
Les baies du sureau hièble sont purgatives et vomitives et leur goût désagréable. Pour ne pas les confondre, observez-les bien! Le sureau hièble est une plante dont les tiges ne sont pas faites de bois, alors que le sureau noir est un arbuste boisé (ligneux).

Confusions liées à l’ail des ours

Des cas d’intoxication sont relevés chaque année et peuvent être mortels. L’odeur d’ail est un bon critère, mais après avoir récolté une dizaine de feuilles, vos mains sentiront si fort que vous ne pourrez plus faire la différence ! Il vous faut donc d’autres critères. N’oubliez pas, au moindre doute, abstenez-vous et faites-vous conseiller.

Découvrez les plantes à risques dans l’article sur l’ail des ours:  Ail des ours, la force vitale du printemps

Les cas d’intoxication par des plantes toxiques sont réels et ont toujours existé. Ils sont souvent liés à un manque de connaissances et d’observation. Rappelez-vous que vous devez vous abstenir dans le moindre doute! Mais la peur de vous tromper ne doit pas être un obstacle. Au contraire! Les plantes toxiques sont fascinantes et font partie de notre patrimoine naturel et culturel. Alors, partez à leur découverte et apprenez à les reconnaître! C’est comme cela que vous serez confiant durant vos cueillettes.

Références

  • www.infoflora.ch
  • www.tela-botanica.org
  • Les plantes sauvages comestibles et toxiques, François Couplan, Delachaux et Niestlé
  • Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, Omnibus
Apprenez à reconnaître 12 plantes toxiques majeures

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