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Benoîte urbaine: cueillette et usages

Plantes sauvages dans cet article: 

Thèmes: 
Michaël Berthoud
/
21 mai 2019

Je me promène dans ces forêts que je connais bien. J’y trouve une feuille velue et de forme irrégulière… C’est sûr, c’est elle ! La benoîte urbaine, la plante de Saint- Benoît, que les prêtres du Moyen-âge utilisaient pour leurs rituels exorcistes… Elle cache sous terre un petit trésor puisque ses racines dégagent une belle odeur de girofle.

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BENOÎTE URBAINE
Herbe bénite, herbe de Saint-Benoit
Nom latin : Geum urbanum
Famille : rosacées
Floraison : mai-août

Milieu :  bords de chemins forestiers, buissons
Altitude : jusqu’à 2200 m

Abondance : plante abondante et commune
Parties utilisées : Racines et feuilles
Calendrier : avril à mai pour les feuilles, fin mai pour les racines, juste avant la floraison.¨

Historique

Une plante bénite, puis oubliée…

J’aime chercher l’étymologie du nom des plantes car elle nous apprend son histoire : « benoîte » vient du mot « bénite » et fait allusion à ses propriétés bienfaisantes. Par assimilation, elle deviendra l’Herbe de Saint-Benoit. Elle était très appréciée au Moyen- âge pour ses propriétés stimulantes, vulnéraires et calmantes. Les prêtres l’utilisaient même dans leurs rituels d’exorcisme. La racine était brûlée sur un charbon de bois : si elle brûlait normalement, c’est que le rituel avait fonctionné. Sinon la racine se mettait à gémir !

Malheureusement pour nous, elle est progressivement tombée dans l’oubli…

Botanique

La benoîte urbaine fait partie de la famille des rosacées. Sa tige est ramifiée et peut faire jusqu’à 90 cm de hauteur. Ses feuilles sont irrégulièrement divisées en plusieurs folioles, dont le dernier est divisé en trois et de taille largement supérieure aux autres.

Benoîte urbaine, Geum urbanum.
La Benoîte urbaine, Geum urbanum, est une plante de la famille des rosacées.

Au mois de mai commencent à apparaitre 5 petites fleurs jaunes. Leurs stigmates se transformeront en août en de petits aiguillons crochus qui se collent aux pelages des animaux et aux chaussettes du promeneur. Je suis sûr que maintenant vous voyez de quelle plante je parle ! Cette particularité est une stratégie pour disséminer les graines.  Comme ils ne peuvent se déplacer, les végétaux ont donc dû redoubler d’ingéniosité pour pouvoir se reproduire et étendre leur habitat…

Il n’est pas évident de reconnaitre la benoîte qu’avec les feuilles. Cela viendra avec la pratique. Au début, je vous recommande de patienter et de rechercher ses petites boules d’aiguillons qui se défont dans les mains. Une fois que vous en trouvez, observez bien les feuilles et revenez au printemps pour voir si vous pouvez la trouver avant la floraison !

Il existe d’autres benoîtes, dont la benoîte des ruisseaux (que l’on trouvera proche des zones humides) et la benoîte des forêts (typique des Pyrénées et du Midi).

Où trouver la benoîte urbaine

Elle aime les forêts proches des zones habitées

Chaque plante a ses préférences. La benoîte urbaine aime les forêts de feuillus aux sols frais et riches en matières organiques. Elle s’accommode assez bien du manque de lumière. Tout comme la Berce des près, que l’on peut aussi trouver en forêt, je la croise en général au bord des chemins un peu plus éclairés que le sous-bois. Je recherche donc ces chemins forestiers où il y a très peu de passage, pour éviter les pollutions et les souillures de chiens. Même si elle aime les forêts, on la rencontre souvent proche des habitations, d’où son qualificatif « urbaine », qui contraste avec sa cousine la benoîte des ruisseau, que l’on trouvera dans des milieux plus éloignées des zones habitées.

Récolte de la benoîte

Une plante européenne à l’odeur de girofle

Selon Roques, médecin et botaniste français du 16e siècle, il convient de récolter les racines ayant poussé sur les terrains secs, sablonneux et bien exposés, durant les mois de juin et juillet. Mais pour ma part, je déterre les racines juste avant la floraison, qui commence en fin mai. Dans la plaine suisse, le moment idéal est donc le mois de mai, ou l’automne en septembre-octobre.

Il est possible que le moment de cueillette idéal change en fonction de la région mais si je la récolte en été, elle ne dégage pas la belle odeur de girofle…

Ce sont les radicelles (les petites racines) qui dégagent ce parfum. Vous en aurez besoin d’une bonne quantité, il convient donc de récolter uniquement là où la plante est abondante et de laisser 75 % de la population.

Nettoyez les racines et faites-les sécher à l’air libre. Il peut arriver que l’odeur disparaisse au séchage. Dans ce cas, il s’est probablement fait dans de mauvaises conditions.

Cuisiner la benoite urbaine

La benoite urbaine s’utilise comme le girofle, c’est pratique! Bon, en réalité l’arôme est un peu moins fort. Mais tout de même, on va pourvoir l’infuser ou la fumer pour parfumer toutes sortes de plats, dont voici quelques exemples:

  • infusée dans du lait pour faire des desserts: panna cotta et crèmes brûlées par ex
  • infusée dans du lait pour faire un thé chai
  • infusée dans du vin pour faire un vin chaud
  • broyée et brûlée pour fumer des viandes
  • brûlée pour fabriquer des encens
Thé Chaï à la benoite urbaine
Cette recette sauvage de thé chaï à la benoîte urbaine vous fera voyager en Asie sans quitter l’Europe!
Voir la recette
Thé Chaï à la benoite urbaine. Cueilleurs Sauvages.
Racines de benoîte urbaine. Cueilleurs Sauvages
Racines de benoîte urbaine.

Risques de confusion

On peut la confondre avec d’autres plantes du genre Geum, comme la benoîte des ruisseau, dont les fleurs sont en forme de cloche tombantes et brunâtres. Les deux sont comestibles.

Propriétés médicinales

La benoîte possède la même essence aromatique que le girofle, appelée eugénol. Elle est tonique, astringente, sudorifique, fébrifuge et vulnéraire (qui cicatrise les plaies). Autant dire qu’elle est presque une pharmacie à elle toute seule !

Elle est utilisée depuis des temps anciens en décoction pour soulager les maladies gastro-intestinales et du foie, pour lutter contre les hémorroïdes et les diarrhées. L’infusion est également utilisée en cas de rhumatismes et de fièvre.

De nos jours, on l’emploie surtout pour stimuler une digestion trop lente, par exemple chez les personnes âgées ou convalescentes. Comme le clou de girofle, cette plante est particulièrement conseillée pour traiter les problèmes dentaires…

Comment utiliser la benoite urbaine?

Fournier préconise une infusion de 60 à 100gr de racine fraiche par litre d’eau et 30 à 60gr pour la racine fraiche. Valnet lui conseille 60gr par litre, sans préciser s’il parle de la plante fraiche ou sèche.

Personnellement, je n’ai jamais testé ces concentrations qui nous proviennent d’auteurs anciens, mais elles me semblent élevées. En général, au delà de 30gr par litre, il faut s’accrocher pour boire une infusion ou une décoction, même si cela dépend des plantes bien entendu.

Il faut aussi se dire que pour récolter 100gr de racines de benoite, vous allez devoir arracher de nombreux plants. Si c’est une fois de temps à autre pour faire une recette, cela peut aller. Mais si c’est pour faire une infusion digestive régulièrement, et bien les sites de récolte vont s’appauvrir rapidement.

Je ne pense pas que la benoite soit la plus facile à utiliser en phytothérapie, pour une automédication en tout cas, ni la plus apte à une cueillette durable.

Pour une infusion bien-être aux vertus peut-être moins fortes que celles préconisées par ces auteurs, mais au goût fort et généreux, vous pouvez partir sur:

  • 1cc de racines sèches et moulues par tasse = 1.5gr par tasse =~ 5gr sec/litre

Sachez que vous avez d’autres plantes sauvages digestives plus faciles à utiliser comme le lierre terrestre par exemple.

Voici tout de même deux recettes que nous avons trouvé chez ces deux auteurs.

Décoction de benoîte urbaine contre la gingivite

Faites frémir 30g de racines dans 1L d’eau pendant une demi-heure. Utilisez-la en gargarisme, cette décoction raffermira et tonifiera vos gencives [2].

Vin digestif à la benoîte

Il est aussi possible de profiter de ses larges propriétés en la dégustant à table sous forme de vin.

Faites macérer 30 à 60gr g de racines sèches par litre de vin durant 8 jours, buvez 2 verres par jour avant les repas pour faciliter la digestion [1].

Les informations données ici peuvent ne pas être suffisantes pour déterminer ou utiliser une plante avec sécurité. N’oubliez pas, au moindre doute abstenez-vous! Faites-vous conseiller par un guide professionnel, achetez de bon ouvrages de références et utilisez les applications de reconnaissance par photographie avec discernement. Sachez que nous organisons des cours sur les plantes sauvages comestibles, médicinales et toxiques régulièrement.

54 plantes sauvages comestibles de Suisse romande et France voisine. Se nourrir des cadeaux de la nature. Michaël Berthoud

54 plantes sauvages comestibles

Note : 5 sur 5.

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Références
– Tita I, Mogosanu GD, Tita MG. Ethnobotanical inventory of medicinal plants from the South-West of Romania. Farmacia. 2009;57:141–156.
– Vogl S, Picker P, Mihaly-Bison J, Fakhrudin N, Atanasov AG, Heiss EH, Wawrosch C, Reznicek G, Dirsch VM, Saukel J, Kopp B J Ethnopharmacological in vitro studies on Austria’s folk medicine–an unexplored lore in vitro anti-inflammatory activities of 71 Austrian traditional herbal drugs. Ethnopharmacol. 2013 Oct 7; 149(3):750–71.
[1] Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus.
[2] Dr. Jean Valnet, La phytothérapie, Se Soigner par les plantes, Le livre de Poche, 2001.
– Cuisine sauvage, François Couplan, Sang de la Terre

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