Prunelles : les récolter et les cuisiner

Plantes sauvages dans cet article: 

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Michaël Berthoud
/
27 septembre 2021
/
30 commentaires

Les prunelles, fruits du prunellier, arbuste abondant et fréquent dans nos lisières de plaine et de moyenne montagne, parfument délicatement de nombreuses préparations. Leur cueillette et leur préparation demandent du labeur, mais quel délice !

Prunellier
Prunus spinosa (InfoFlora, TelaBotanica)

Famille : Rosacées
Floraison : avril
Milieux : haies et lisières
Parties utilisées : fruits, feuilles
Utilisation : parfume les liquides (limonades, vins et liqueurs), les gelées et les lactofermentations.
⚠️ Précautions : les noyaux de Prunus spinosa sont suspectés de contenir des composés capables de libérer du cyanure, ce qui peut présenter un danger en cas d’ingestion. Il est donc fortement déconseillé d’en consommer. Voir les notes en fin d’article.

« J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux ». Encore une belle expression populaire inspirée de la nature ! Les prunelles désignaient autrefois la pupille, organe hautement important auquel nous tenons tous. Quel est le lien avec la prunelle, fruit du prunellier Prunus spinosa ?

De prime abord, ce fruit est ingrat. Riche en tanins, il est tellement astringent que tout le monde fait la grimace à la première bouchée. Ce n’est pas tant le goût que la sensation qui est surprenante.

Les tanins resserrent les tissus des muqueuses, asséchant ainsi la bouche quasi instantanément. Franchement, pas très ragoûtant. Cependant, si l’on sait la préparer, la prunelle dévoile un arôme très subtil. Elle fait effectivement partie des plantes qui nécessitent un peu de travail pour les apprécier à leur juste valeur.

Et qui sait, avec le temps, peut-être tiendrez-vous aux prunelles comme à la prunelle de vos yeux ?

Reconnaître les prunelles

La première étape consiste à reconnaître ce fruit. Les prunelles poussent sur un arbuste, le prunellier, Prunus spinosa pouvant atteindre 3 m de hauteur. Un arbuste est une plante qui n’a pas de tronc unique : il y en a plusieurs de petite à moyenne taille.

On l’appelle aussi épine noire ou épinette en raison de la présence d’épines longues et nombreuses. Il convient de faire attention, car elles ont la réputation d’infecter facilement les plaies du cueilleur maladroit… Les feuilles du prunellier font 2 à 4 cm de longueur et sont lancéolées. Elles apparaissent après les fleurs, qui sont blanches et possèdent 5 pétales, comme toutes les rosacées.

Le fruit est la partie qui nous intéresse le plus d’un point de vue de la cueillette. Il s’agit d’une drupe, un fruit charnu à noyau, de 6-12 mm et de couleur bleue presque noire. Elle a la particularité d’être recouverte d’une pellicule cireuse appelée pruine. Lorsque l’on passe le doigt dessus, la couleur change et s’assombrit.

Où trouver des prunelles ?

C’est un arbre facile à reconnaître, présent dans toute la Suisse et la France, hormis en haute montagne. Son aire de répartition couvre une bonne partie de l’Europe.

Il pousse en lisière de forêt, dans les bocages et les haies. Cherchez-le en automne pour commencer, grâce à ses fruits. Vous apprendrez ainsi à reconnaître l’arbuste et ses feuilles. Ensuite, ce sera au tour de ses feuilles printanières. Ces dernières vous permettront de le reconnaître de loin et vous n’aurez qu’à revenir à l’automne pour cueillir les prunelles.

Risques de confusion

La prunelle peut être confondue avec d’autres fruits charnus bleus. La taille est un premier critère puisqu’elle est assez grande. À notre connaissance, le risque principal est avec le fruit de la belladone, Atropa bella-dona, qui a environ la même taille. Ce fruit est connu pour être très toxique.

On fera la différence grâce à la couleur noire et à l’absence de pruine bleue chez la belladone. De plus, il s’agit d’une baie et non d’une drupe, donc avec des pépins et non avec un noyau. Observez aussi les 5 bractées vertes (feuilles) en étoile à la base du fruit. Finalement, la belladone est une plante et non un arbuste.

Avec tous ces critères, vous ne devriez pas vous tromper.

Cueillir les prunelles

La cueillette des prunelles débute en septembre, mais se fait généralement d’octobre à décembre. Avec les gelées, elles vont s’adoucir un peu, tout en restant très astringentes. C’est normal. Il ne faudra pas vous arrêter à cela durant votre première récolte, vous risquez de passer à côté de quelque chose !

Dans tous les cas, elles doivent être sucrées lors de la récolte. L’astringence ne disparaît pas avec les gelées, mais elle diminue. Attendez encore quelques jours si vous ne sentez aucune douceur.

N’oubliez pas que les fruits sauvages sont une ressource pour de nombreux animaux, notamment les grives et les merles qui mangent les prunelles. Il faudra donc toujours en laisser derrière vous. Environ les 3/4 des fruits doivent rester en place. C’est un des principes de la cueillette durable.

On ne doit pas voir une seule trace de votre passage. C’est la devise du cueilleur qui prend soin de la terre. N’oubliez pas que chaque cueillette a un impact écologique, que ce n’est pas un geste anodin et qu’elle doit être réalisée avec conscience et respect.

Si vous n’avez pas le temps d’utiliser votre récolte immédiatement, n’hésitez pas à la congeler. Les prunelles se conservent bien au congélateur. Vous aurez ainsi tout le temps de les préparer plus tard.

3 manières de les cuisiner et de diminuer l’astringence

On l’a vu, et certains l’ont testé : la prunelle est un fruit astringent contenant des tanins. Pas très sexy à cuisiner de prime abord… Selon la manière de la préparer, l’astringence va diminuer, voire ne plus être perceptible. Mais veuillez noter qu’elle peut ne pas disparaître complètement.

Il y a trois méthodes que je connaisse pour préparer les prunelles :

La chaleur : nous allons cuire notre récolte dans de l’eau (même quantité d’eau que de fruits). Après quelques dizaines de minutes, la chaleur et l’infusion dans l’eau auront diminué l’astringence. Nous aurons ainsi un liquide que nous pourrons utiliser pour concocter des sirops, des gelées ou des confitures, comme base de bouillons ou, une fois refroidi, comme base d’une vinaigrette, par exemple. Suivez la recette de la gelée d’aubépine, elle fera fureur avec des prunelles, ou pourquoi pas moitié-moitié ! Si cette infusion donne un résultat trop astringent à votre goût, la prunelle n’est peut-être pas faite pour vous.

La macération à froid : nous plaçons nos prunelles dans de l’eau, mais froide. Nous laissons macérer durant plusieurs jours : 2, 3, 4 selon la quantité de fruits. Il suffit de goûter et, quand cela vous plaît, d’arrêter. Ainsi, les principes volatils seront extraits et conservés, mais il manque de l’énergie (la chaleur) pour extraire les tanins. J’utilise cette macération à froid comme base de limonades sauvages, de kéfir, de vin sauvage… Le goût est exquis. Vous pouvez suivre la recette de limonade aux baies de genièvre, et les remplacer par des prunelles.

La lactofermentation : nous plaçons notre récolte dans une saumure en vue d’une lactofermentation. On pourra consommer les fruits sous forme de pickles ainsi que le jus de fermentation comme base de vinaigrette, par exemple.

Astuces en plus pour limiter l’astringence

  • L’astringence est principalement située dans la pulpe. Les préparations filtrées (sirops, gelées, vinaigrettes) auront moins de chances d’être astringentes.
  • Les tanins s’extraient bien par la chaleur : les préparations froides (limonades, macérations) seront moins astringentes que les infusions à chaud.

Voilà, vous savez tout ce que nous savons ; il ne reste plus qu’à passer à la pratique maintenant ! ^^

Pickles de prunelles sauvages lacto-fermentées
Les prunelles sont les fruits sauvages du prunellier et sont excellentes conservées dans une saumure et consommées en pickles.

Toxicité des prunelles

Le prunellier appartient au genre Prunus, dont les noyaux contiennent fréquemment du cyanure d’hydrogène. Par précaution, il est conseillé de limiter la consommation de ces noyaux, par exemple sous forme de farine, même si cette espèce n’a pas été spécifiquement étudiée.

Les graines et feuilles des Prunus renferment des glycosides cyanogéniques, principalement l’amygdaline et la prunasine, qui libèrent du cyanure lors de leur hydrolyse ; leur goût amer permet souvent de les identifier[2]. La concentration est généralement faible, mais une ingestion excessive peut provoquer des troubles graves, comme une insuffisance respiratoire, voire la mort, d’où l’importance de ne pas dépasser les quantités recommandées [3].

Il n’y a cependant aucun risque à consommer la chair, dont nous parlons dans cet article.

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Références

  • [1] Caudullo, G., Welk, E., San-Miguel-Ayanz, J., 2017. Chorological maps for the main European woody.
  • [2] Cho, H., , B., Shim, S., Kwon, H., Lee, D., Nah, A., Choi, Y., & Lee, S. (2013). Determination of Cyanogenic Compounds in Edible Plants by Ion Chromatography. Toxicological Research, 29, 143 – 147. https://doi.org/10.5487/TR.2013.29.2.143.
  • [3] Michal, K., Andrzej, K., & Michał, T. (2018). Cyanide poisoning from an alternative medicine treatment with apricot kernels in a 80-year-old female.

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  1. Bonjour , je ne connaissais que la congélation ou les premières gelées pour adoucir les prunelles
    Dans les Vosges il y a , en foret de la bourdaine
    PETIT ARBUSTE DONNAT AUSSI DES PTITES BAIES NOIRES MAIS TOXIQUES
    J’utilise le bois de bourdaine , qui est rose , pour fabriquer des bijoux et des boutons
    Les forestiers le coupe simplement car il gène dans le passage
    Je suis ravie de recevoir vos lettres

    1. Auteur
      de l’article
  2. Ah bin tiens ! Le prunellier… je ne connaissais pas cet arbuste jusqu’à cet été. J’emménage dans une maison, et sur le terrain il y a un arbuste à longues épines. Je cherche ce que c’est : un prunellier. Je ne savais pas que ses baies se mangent. La recette de confiture ou sirop me plaît, je vais l’essayer sous peu ^^

    1. Auteur
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      1. Les oiseaux ont déjà tout mangé… 🙁 tant mieux pour eux, tant pis pour moi ! Je remets ça à l’année prochaine 🙂

        1. Auteur
          de l’article
    1. Auteur
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      Bonjour Eric,

      Je ne gère pas les envois ni la distribution. Il vous faut demander à votre vendeur. Il n’est pas en rupture, mais cela dépend du distributeur.

      Amitiés
      Michaël

    1. Auteur
      de l’article
  3. Bonsoir,
    C’est magnifique votre travail!!!! tous ces conseils, ces plantes, vraiment formidable!!!
    Merci infiniment!!! je n’ai pas encore pu participer à vos sorties, mes problèmes de santé ne me facilitent pas la vie… mais je ne désespère pas!!!!

    1. Auteur
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      Merci de votre commentaire, cela fait chaud au coeur!
      Au plaisir de vous rencontrer!
      Michaël

  4. Bonjour, je viens d’emménager dans une jolie ferme dans le Tarn et sur mon terrain, j’ai des prunelliers. J’en suis ravie car c’est ma madeleine de Proust ! J’ai passé tous mes étés dans l’Ariège et notre plaisir c’était de cueillir les prunelles, les mûres et framboises
    Comme je vais abattre quelques prunelliers, j’ai cueilli les prunelles et je vais les mettre au congélateur afin d’en faire, plus tard de la confiture.
    Merci pour vos articles, je vais continuer à les lire
    Cordialement

    1. Auteur
      de l’article
  5. il y a plusieurs années que je fais de la confiture de prunelle!
    je prends soin de les congeler deux ou trois fois avec décongélation lente entre deux. La plus grande amateur est Ines qui en apporte à sa très vieille maman tous les ans pour effacer autant que ça peu ses douleurs de vieille!!!
    à la maison on la consomme en posant un quart de cuillère à café de confiture bien prise, agar agar, sur un fin morceau conté. + Whiskey ou rosé….
    merci à vous pour votre humble et efficace correspondance
    François

    1. Auteur
      de l’article
  6. Bonjour, j’ai un arbre sur le terrain que je viens d’acheter. Je pense que ce sont des prunelles mais un capable de le reconnaître et dans toutes les descriptions que j’ai pu lire le fruit ne correspond pas. C’est un peu cuit fruits rond comme une prune il n’est pas acide bon à manger des fin juillet, l’arabe à Fleury en mars après il a eu ses feuilles mais ça ressemble plus à un grand arbre qu’un buisson. Comment savoir si il est comestible les branches ont des épines. Merci d’avance.

    1. Auteur
      de l’article

      Bonjour,
      Je n’arriverai pas à vous répondre de manière satisfaisante avec votre description. Je vous suggère de vous munir d’une bonne flore de terrain et de croiser les informations avec au moins deux applications mobile. Ainsi, vous devriez pouvoir reconnaitre votre arbre. Le prunelier n’est pas un buisson, mais un arbuste et peut faire 3m de hauteur.
      Bonne chance!
      Michaël

  7. Bonjour
    Merci pour votre article.
    Je suis en cours d’identification des ressources dans mon nouveau « chez moi ». Prunelier et aubépine se côtoient. Et je viens de découvrir une recette où je peux les marier, mais aussi profiter des prunelles ! Merci à vous 💛

    1. Auteur
      de l’article
  8. Bonjour,

    J’utilise les feuilles de prunellier pour faire du « vin de buisson ». Je ne savais pas que les feuilles contenaient du cyanure. Il va falloir que je le consomme avec double modération (la première pour l’alcool et la deuxième pour le cyanure) ;).

    1. Auteur
      de l’article

      Bonjour, oui il vaut mieux limiter les quantités pour les feuilles, et l’alcool 😉 Bien à vous.

  9. Moi, j’aime bien manger les prunelles sur place en automne. Leur goût un peu ‘sauvage’ me plaît bien. Je disperse dans les haies les noyaux des baies que je cueille, comme les oiseaux. C’est ma contribution pour le prélèvement que j’opère.

    1. Auteur
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      Quel beau rituel, merci pour ce partage sauvage.
      Manger les prunelles sur place et re-semer les noyaux, c’est exactement l’esprit de la cueillette respectueuse que l’on aime! 😊

  10. Bonjour,
    je cherche à faire des graines de pruneliers. Comment se débarasser de la pulpe?
    Merci de votre réponse
    le Chapelin

    1. Auteur
      de l’article
  11. Je découvre les cueilleurs sauvages en rentrant d’une promenade en petite montagne du Jura.
    Excellente information sur les prunelles ici nommées plous. Merci.

    1. Auteur
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    1. Auteur
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      Bonjour,
      Je vous remercie pour votre question. Il m’est difficile de répondre. Je dirais oui si aucune moisissure n’est visible et si pas de mauvaises odeurs.

      L’acreté des fruits varie en fonction de la saison et il est possible que la cuisson n’ait pas été suffisante pour la diminuer. C’est mieux d’attendre les gelées. Il faut que les fruits soient sucrés lors de la récolte (même s’ils sont âcres).

      Les tanins ne disparaissent de toute manière pas vraiment avec la chaleur, c’est plus qu’ils se diluent à l’eau de cuisson et s’atténuent, notamment avec le sucre. Mais il est possible que, selon les préparations, l’acreté puisse rester.

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