Le cynorhodon

Michaël Berthoud Articles sur les plantes sauvages, La pharmacie secrète de dame nature 1 Comment

Le rosier est un arbuste qui nous accompagne depuis la nuit des temps. Nous aimons offrir ses belles fleurs aux mille couleurs et senteurs, en oubliant qu’il en existe des variétés sauvages qui poussent à deux pas de nos villes. Ces roses donnent naissance à un fruit fabuleux qui mériterait de se trouver dans votre assiette, le cynorhodon.

NomCynorhodon, gratte-cul
Nom latinrosacées
Famillerosacées
Cueillettedès août, puis tout l’hiver jusqu’au pourrissement du fruit
Milieuxhaies et lisières
Floraisonjuin
Altitudejusqu’à 2200m


Botanique

Le cynorhodon est le fruit de l’églantier, le rosier sauvage. Reconnaissable par ses rameaux à aiguilles, ses feuilles composées et ses fleurs, les roses. C’est un arbuste commun de nos lisières et de nos haies. On le trouve en plaine ainsi qu’en montagne jusqu’à 2200m d’altitude. Il en existe de nombreuses espèces dont la plus commune est le rosier des chiens, mais leur distinction est ardue et sera laissée aux botanistes. Ne vous inquiétez pas, tous leurs fruits sont comestibles, ainsi que ceux des innombrables variétés ornementales.

Le fruit est rouge, gros, de forme variable selon les espèces et possède une pulpe comestible à l’intérieur. Ouvrez-le et vous y trouverez une multitude de petits poils appelés vulgairement « gratte-cul ». Ce nom rappelle les irritations qu’ils procurent au derrière de celui qui en consomme sans avoir pris le temps de les enlever.

Usages traditionnels

Le cynorhodon est utilisé traditionnellement comme diurétique et astringent ainsi que pour lutter contre le scorbut, une maladie qui pouvait causer un déchaussement des dents, voire la mort. Il est donc indiqué dans les cas de diarrhées, nausées, crampes d’estomac, inflammation des reins, asthénie, cure de printemps… [6]

Ses propriétés antiscorbutiques proviennent de sa forte teneur en vitamine C. Le sirop de ce fruit a été utilisé jusqu’à la 2e guerre mondiale en Angleterre. Effectivement, les importations de fruits et légumes étant restreintes, ce sirop était donné aux enfants pour éviter des carences en vitamines [7].

Usages modernes

Le cynorhodon est le fruit qui possède le plus de vitamines C (30–1300 mg/100 g)[1]. Elles sont situées principalement dans sa peau [6]. Il contient également de la vitamine B1 et B2 en quantité ainsi que du potassium, des pigments et des tannins [2].

L’usage traditionnel de ce fruit est confirmé par des études récentes qui démontrent ses propriétés: il est anti-inflammatoire, antioxydant, anti-mutagène [3], vitaminisant, astringent, cholagogue, cholérétique, diurétique, anti-laxatif, antioxydant…[4] De plus, Orhan et al. [5] lui trouvent des propriétés antidiabétiques.

Bref, c’est un fruit aux propriétés variées dont la consommation vous apportera de nombreux nutriments essentiels!

Cueillette et conservation

La cueillette de cynorhodon se fait en général à partir du mois d’octobre, lorsque les fruits sont devenus mous grâce aux gelées. Mais il est possible de les consommer bien avant!

Si vous récoltez les fruits avant les gelées, placez votre cueillette au congélateur 2–3 jours. Ceci créera l’effet de gel nécessaire à ramollir les fruits. Vous pouvez également les y laisser pour les conserver durant quelques mois.

Sachez que selon une étude parue en 2013, les cynorhodons qui poussent en altitude sont plus riches en vitamines C! [8]

J’ai pu observer que ces fruits ne sont pas les plus appréciés par les oiseaux, contrairement au sorbier des oiseleurs (du moins dans la pleine Suisse). Néanmoins, j’applique toujours les principes de la cueillette respectueuse et ne prélève jamais plus de 10–20% des fruits d’un arbre.

Comment j’utilise cynorhodon?

Le fruit du rosier s’utilise en préparations médicinales comme en sirop de cynorhodon ou culinaires, ou les deux c’est encore mieux 😉 C’est la pulpe qui est utilisée. L’objectif et d’en tirer un maximum en enlevant tout les poils. Différentes option sont possibles: presse purée, moulin à légume, pressage et filtration à travers un tissus. Personnellement, je les presse à travers un presse-purée, sorte de gros presse-ail, c’est rapide et très efficace! La maille doit être inférieure à 5 min pour que les poils ne passent pas. Choisissez un modèle en métal, avec une maille assez fine et les poils ne passeront pas le filtre. Cet outil vous rendra de nombreux services pour préparer d’autres plantes médicinales.

Les préparations sucrées classiques sont le sirop ainsi que les gelées et marmelades. Mais sachez qu’il se déguste aussi en préparations salées . Un coulis cynorhodon accompagne à merveille une pièce de viande.

Comment déguster le cynorhodon dans la nature?

Si le fruit est dur (dès le mois d’août)

  1. Ouvrez-le en deux.
  2. Comme il est dur, vous pouvez enlever sans difficulté les graines et les poils urticants.
  3. Dégustez la chaire.

Si le fruit est mou

  1. Pressez dessus pour faire sortie la pulpe sans les poils.
  2. Dégustez!

Un seul de ces fruits vous donne votre dose quotidienne en vitamine C! Alors, pourquoi s’en priver?

Références

[1] Ziegler SJ1Meier BSticher O. Fast and Selective Assay of l-Ascorbic Acid in Rose Hips by RP-HPLC Coupled with Electrochemical and/or Spectrophotometric Detection. Planta Med. 1986 Oct;(5):383-7. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17345347
[2] FikretDemiraMusaÖzcanb. Chemical and technological properties of rose (Rosa caninaL.) fruits grown wild in Turkey. Journal of Food Engineering, Volume 47, Issue 4, March 2001, Pages 333-336 https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S0260877400001291
[3] Kilicgun H, Dehen A. In vitro antioxidant effect of Rosa canina in different antioxidant test systems. Phcog Res. 2009;1:417–420.
[4] Aresenescu A. Pharmacognostical research on the species Rosa canina L. (in Romanian): UMF Cluj-Napoca; 2008.
[5] Orhan N, Aslan M, Hosbas S, Deliorman O. Antidiabetic effect and antioxidant potential of Rosa canina fruits. Phcog Mag. 2009;5:309–315. doi: 10.4103/0973–1296.58151. http://www.phcog.com/article.asp?issn=0973–1296;year=2009;volume=5;issue=20;spage=309;epage=315;aulast=Orhan [8]  Roman I, Stănilă A, Stănilă S. Bioactive compounds and antioxidant activity of Rosa canina L. biotypes from spontaneous flora of TransylvaniaChem Cent J. 2013;7(1):73. Published 2013 Apr 23. doi:10.1186/1752-153X-7-73 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3668991/
[6] Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Omnibus.
[7] Plantes médicinales essentielles, Simmonds, Howes, Irving, Editions Ulmer, 2018.

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Michaël Berthoud

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Je suis passionné par les plantes sauvages et leurs usages depuis dix ans. Laissez-moi être votre guide pour bien démarrer dans ce monde passionnant. Je vous donnerai de bons conseils et des critères sûrs pour débuter ou confirmer vos connaissances.

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